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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 17:14

Le car pour Athènes me laisse au pied du pont traversant le Golfe de Corynthe, à une dizaine de kilomètres de Patras. Le temps est au soleil, je décide de continuer a pied. Bonne idée en terme de rencontres.

 

Sur la grand' route, je croise quelques Afghans, Tadjiks ou Hazaras. On bavarde, du coup beaucoup de questions sur la situation en France et les possibilités d'y obtenir l'asile. Un groupe plus important est au croisement d'une route qui descend vers le port.

 

Je descends vers le centre-ville. Les exilés sont nombreux près de la voie ferrée, qui est aussi proche du port. Des cabanes sur une place, dans différents interstices urbains, un wagon abandonné est squatté.

 

Du monde aussi devant la gare, où je discute avec des Marocains et un Afghan.

 

Il y a aussi des Africains qui vendent de menus objets dans les rues. Ce sont peut-être plutôt des exilés qui sont installés dans la précarité en Grèce, et qui ne cherchent pas forcement à passer.

 

Ce soir, le collectif anarchiste qui m'accueille organise une manifestation de soutien aux grévistes de la faim d'Athènes et Thessalonique. L'état de santé de certains grévistes devient critique et un nombre croissant d'entre eux est hospitalisé. Le gouvernement semble préparer l'opinion aux premiers décès en distillant que ce sont les organisations qui les soutiennent qui les entrainent et qui sont responsables de ce qui peut arriver.

 

Le collectif a des contacts suivis avec les exilés, les soutiens lorsqu'ils se lancent dans une action revendicative, et entretiennent le débat politique sur les questions de migration à Patras. D'autres groupes de gauche s'impliquent plutôt dans de l'aide humanitaire.

 

La population est plutôt moins hostile qu'à Igoumenitsa, voire peut se montrer solidaire, ce que nous avaient dejà dit certains exilés rencontrés auparavant.

 

Les liens entre les exilés et la ville dépendent aussi des nationalités. Si les Afghans viennent pour passer, et vivent en marge, concentrés sur le passage, les Maghrebins ont plus tendance à s'intégrer à la ville, à y trouver des petits boulots ou des moyens de gagner un peu d'argent.

 

Patras-ville-2.JPG

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Published by exilesengrece
9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 16:50

Notre groupe se sépare, les autres vont directement à la frontiere gréco-turque, je prends par Patras et Athènes.

 

Journée off à Igoumenitsa, aujourd'hui c'est le premier jour du carême, jour de fête en Grèce, et nos amis prévoient une petite fête. Mais en sortant en ville je croise bien sur quelques exilés avec lesquels je prends le temps de bavarder.

 

Igoumenitsa est en effet une petite ville d'une quinzaine de milliers d'habitants, mais au debouché de l'autoroute de Thessalonique, et reliant donc le nord de la Grèce a l'Italie.

 

En approndissant les discussions avec les exilés, nous apprenons qu'à côte d'un racisme affirmé, il y a aussi des Grecs qui donnent un coup de main, donnent un peu d'argent, des vêtements ou de la nourriture. Nous avons rencontré au fil des rues un de ces Grecs pour qui les exilés sont bienvenus et avons bavardé un peu avec lui.

 

Mais de l'autre côté l'ancien maire d'Igoumenitsa (PASOK, le parti socialiste grec, actuellement au pouvoir) a organisé uné réunion publique la semaine dernière sur comment résoudre le "problème" de la présence des exilés, et appelle mercredi prochain à un rassemblement. Dans le même temps, Médecins du Monde fait son apparition. Est-ce le prélude à une destruction des jungles ? Il est question d'installer à Igoumenitsa un centre "d'identification" pour faire le tri entre les personnes qui releveraient de l'asile et les autres, à expulser.

 

Igou-ville.JPG

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 15:13

Les exilés nous ont appris qu’il y a plus de camions les dimanche et mardi à partir de 18h. Comme dimanche et mardi dernier, nous voyons un peu avant 18h la police évacuer l’autoroute à l’entrée du port. Rage et découragement chez les exilés.

 

Il y a encore deux an, ils passaient en 2 ou 3 mois au maximum. Ils pouvaient aussi trouver des petits boulots dans la ville ou aux alentours. Puis le passage est devenu de plus en plus difficile, et il ne se fait plus maintenant qu’au compte-goutte. Tandis que des gens sont la depuis 6 mois, un an ou plus, que le nombre d’exilés présents à Igoumenitsa augmente, la crise a réduit les possibilités de gagner un peu d’argent et a exacerbé la xenophobie.

 

Igou-entree-port-6.JPG

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 15:12

Il y a en Grèce 4 centres de détention “officiels” pour étrangers, un sur l’ile de Samos, près des côtes turques, et deux près de la frontière terrestre avec la Turquie, un à Athènes. Un cinquième, Pagani sur l’ile de Lesbos, a été fermé suite à la mise en lumière de conditions de détention particulièrement scandaleuses.

 

Mais il existe aussi de nombreux lieux de détention non officiels, soit des cellules de garde-à-vue dans les postes de police, soit des lieux ouverts occasionnellement dans des hangars ou des installations militaires. Tous ces lieux, officiels ou officieux, se caractérisent par la surpopulation (60 detenus dans une cellule prévue pour 20, ou 1000 détenus dans un centre prévu pour 300) et de mauvaises conditions de vie (mauvaises hygiène, nourriture insuffisante, absence de chauffage), souvent des mauvais traitements, et toujours une absence d’information juridique.

 

La Cours Européenne des droits de l’homme a condamné la Grèce en 2009 pour ses conditions de détention, mais le système perdure.

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 15:09

Comment sortir de Grèce ? Il est difficile de passer à Igoumenitsa. La nuit dernière, 1 personne est passée, et 6 ont été prises dans le port et emprisonnées. C’est difficile du côté grec, avec la violence systématique de la police et la mise en détention pour une durée indeterminée, parfois plusieurs mois. Puis les controles des camions côté italien, ou certains ports semblent équipés de scanners. Les exilés qui sont pris dans les camions sont aussitot renvoyés en Grèce (en toute illégalité ?), où ils sont mis en détention.

 

Certains ont déjà essayé à Patras, d’autres pensent y aller, d’autres se posent la question de remonter par les Balkans. On est bien loin des filières de passeurs dont parle la propagande gouvernementale française. On est face à des personnes qui sont entrées en Europe après un parcours souvent long et difficile, et qui se trouvent en Grèce confrontées à l’absence de perspectives de reconnaissance legale, la crise economique, le racisme et la violence gouvernementale et policière. Des mafias en tirent profit, mais aussi des secteurs de l’économie grecque qui utilisent leur travail surexploité et sous-payé.

 

Visite à des Maghrebins qui squattent un bâtiment abandonné. Un Algérien a passé plusieurs années en Europe, notamment en Autriche, il est marié à une autrichienne, ce qui ne l’a pas empêché d’être expulsé. Il suit normalement un traitement psychiatrique. Il n’y a pas de possibilité de suivi psychiatrique ou psychologique des exilés a Igoumenitsa. Certains présentent des signes de souffrance psychologique importante.

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 15:05

De nombreux grecs “choisissent” de travailler sans assurance sociale. Soit parce que les employeurs préfèrent embaucher des personnes qui ne demandent pas d’assurance sociale, soit parce que l’employeur verse au salarié son salaire net, et que le salarié qui voudrait avoir une assurance sociale devrait la payer lui-même en déduction de ce salaire net. Comme me dit une jeune grecque, “nous sommes comme des clandestins dans notre propre pays”.

 

Avec la crise, de nombreux grecs, surtout des jeunes, pensent partir travailler à l’étranger. Augmentation du chômage, baisse des salaires, suppression du salaire minimum, absence de perspectives dans le pays.

 

Traditionnellement, les Grecs ont l’habitude de partir à l’étranger pour travailler, faire du commerce. A partir de la fin des années 70, avec le développement economique de la Grèce, les émigrés ont eu tendance à revenir au pays. Le mouvement inverse se dessine à nouveau.

 

Les estimations du nombre de sans-papiers en Grèce sont très variables, 100 000, 400 000, 600 000. Avec la crise, l’objectif affiché est de les expulser. Mais cela semble à la fois difficile et coûteux. Le plus probable est que la pression sur les sans-papiers va augmenter, avec son cortège d’inhumanité. Il est probable aussi qu’une partie des sans-papiers vont voir disparaitre ou occuper par des Grecs les petits boulots qui leur permettaient de survivre, et vont se trouver dans une situation d’autant plus dramatique qu’il est difficile de sortir de Grèce pour gagner les autres pays europeens. Mais les Grecs peuvent partir travailler dans les 26 autres pays de l’Union europeenne, et certains secteurs economiques continueront sans doute à vivre du travail sous-payé des sans-papiers.

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 15:02

Rencontre du matin : un Kurde qui est passé par Calais fin 2008 – debut 2009. Il me reconnait le premier, mais je le reconnais ensuite. Il avait reussi a passer en Angleterre, a été expulsé en Irak, et il est de retour en Europe. Cette fois-ci, il resterait plutôt en France, mais avec sa demande d’asile refusée en Angleterre, c’est une vie de sans-papier qui s’ouvre a lui.

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Published by exilesengrece
7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 14:58

Le ministère de l’interieur français a envoyé une instruction aux préfets de suspendre les expulsions vers la Grèce et d’exercer la clause de souveraineté prévue par le réglement Dublin II, c’est-à-dire de traiter en France les demandes d’asile des personnes ayant leurs empreintes en Grèce. Nous transmettons l’info aux exilés, avec la prudence qui s’impose, c’est-à-dire en leur conseillant de se faire accompagner par une association, au cas où la prefecture ne respecterait pas l’instruction du ministre. Sachant que quand on s’est fait prendre ses empreintes en Grèce on n’est jamais sûr si elles on été rentrées dans le fichier européen Eurodac ou non.

 

Du coup, beaucoup de discussions sur l’asile et sur les politiques d’immigration lors de nos visites aux jungles “des Oliviers” et "des Pentes”.

 

Igou-jungle-pentes-montagne-7.JPG

 

Aux alentours de minuit, petite promenade au centre-ville et près du port pour observer la police et les éventuels fascistes.

 

Igoumenitsa est située au fond d’une anse, et s’étire le long du rivage. Tout au sud, l’autoroute mène à l’entrée du port au pied de la colline où se trouve la “Jungle des Pentes”. Le port international remonte de là vers le nord. Il est entouré d’une grille surmontée de rouleaux de barbelés modèle lames de rasoir, et ponctuée de lampadaires sur lesquels sont fixées des caméras de vidéosurveillance. Des voitures de police stationnent et circulent jour et nuit sur l’avenue qui longe le port. La nuit, girophares allumés, ce qui montre qu’elles ont avant tout un rôle de dissuasion. Du reste, elles peuvent passer à côté d’exilés sans qu’il se passe rien de part ou d’autre.

 

Les arrestations en ville le soir du premier mars ont été faites par des policiers en civil dans des voitures banalisées. Les exilés font mal la différence entre les policiers en civil et les militants d’extrême-droite. Pourtant, les militants d’extrême-droite les frappent simplement, alors que les policiers les frappent et les arrêtent, les militants d’extrême-droite frappent avec des barres de fer, les policiers avec des matraques. Les deux utilisent les memes injures.

 

Après le port international, le port des liaisons interieures, ouvert à tout vent. Les iles voisines n’ont pas un interêt géostrategique justifiant de barbelés.

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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 12:13

Les exilés sont de retour en ville et près du port, et il est à nouveau possible d'aller à la "Jungle des Pentes". Il n'y a pas eu de passage cette nuit, et une quarantaine de personnes ont été arretées hier soir, près de l'autoroute et en ville. La fatigue et l'amertume sont sensibles.

 

La police bloque l'accès à l'autoroute et à l'entrée du port. Des exilés jouent au foot, observent de la colline si la situation évolue, vaquent à leurs occupations. Le passage sera encore difficile cette nuit.

 

Je suis invité à rencontrer un Soudanais qui s'est cassé la jambe hier soir en fuyant la police. Il a été platré, puis mis dehors de l'hôpital au matin parce qu'il n'avait pas d'assurance sociale ni d'argent pour payer son hospitalisation.

 

Igou-jungle-pentes-montagne-3.JPG

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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 12:01

Karim a passé deux ans en Grande-Bretagne avant d'être expulsé vers la Grèce. Ses amis l'ont surnommé 'le capitaine". Il leur raconte souvent qu'un jour un grand ferry viendra les emmener tous. Sur le ferry, tous auront un travail, lui sera le capitaine, un autre sera mecanicien, un autre tiendra le gouvernail. Ils iront dans tous les pays où ils voudront. Chacun aura une voiture, et il suffira de dire le nom de ce qu'on veut manger pour l'avoir dans son assiette. Le ferry viendra bientôt, il est deja en route.

 

D'autres histoires de bateaux circulent parmi les exilés. Ainsi, le gouvernement canadien aurait envoyé un bateau à Athènes pour venir chercher des exilés, et aurait offert au gouvernement grec 1500 euros pour chacun d'eux. Mais le gouvernement grec aurait voulu 3000 euros, et le bateau canadien serait parti chercher des exilés en Turquie.

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