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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 04:37

Je dirige mes pas vers le bazar et le quartier de Kumkapi. C'est un ancien quartier arménien, qui dans les années 90 est devenu le lieu des exilés des Balkans et de l'ancienne Union soviétique. Sa partie haute est un amoncellement de magasins divers, tandis que sa partie basse est un quartier d'habitation assez pauvre. Il y a une dizaine d'années, la partie haute était parsemée de nombreuses enseignes en cyrilique. On en trouve toujours, mais plus rares, comme on entend toujours parler russe ou roumain dans les rues. Mais ce sont les enseignes en arabe qui se développent aujourd'hui. Les nombreux taxiphones, en affichant les pays vers lesquels ils proposent des appels téléphoniques, donnent un idée de leur clientèle : large palette de pays arabes, Asie centrale, quelques pays Africains, et un chois de pays asiatiques et d'Europe de l'Est.

 

Istanbul-Kumkapi-2.jpg

 

Mais les nouveaux exilés sont peu visibles. Un groupe d'Afghans, dont des mineurs, apperçus en haut du bazar, quelques Africains croisés dans les rues du quartier et des environs, quelques mots de pachtoune entendus au coin d'une rue.

 

Ces exilés se cachent. Réflexe de personnes en situation illégale. Mais peur aussi des agressions racistes, qui ne sont pas rares, même s'il n'y a pas ici de groupes racistes organisés comme en Grèce. Peur surtout de la police, dans un contexte où non seulement celle-ci peut être violente, mais où règne l'arbitraire et où les policiers détroussent purement et simplement les exilés.

 

Un jeune exilé paye ses achats dans une épicerie avec un billet de 200 lires (environ 100 euros). Le commerçant ne lui rend pas la monnaie. Il proteste. Les personnes présentes le tabassent. Il va au poste de police porter plainte. Les policiers l'emmènent dans un quartier reculé et le tabassent à nouveau.

 

Ou bien des policiers arrêtent un exilé, lui prennent l'argent qu'il a sur lui, et s'il proteste l'emprisonnent sous des charges diverses – les juges suivant généralement les policiers.

 

Les exilés tendent néanmoins à être de plus en plus visibles – ou de moins en moins invisibles – y compris hors de leurs quartiers – signe peut-être d'un début d'installation. Certains d'entre eux, qui n'ont pas eu la possibilité de continuer leur route, sont là en effet depuis plusieurs années. C'est donc un processus assez voisin de celui qu'on voit en Grèce, à ceci près qu'en Turquie même après 10 ans les exilés conçoivent toujours leur séjour comme transitoire. L'inbstallation devient un fait mais n'est pas assumée.

 

Leur présence ne fait pas non plus débat dans la société turque, où il y a plutôt débat sur les migrations interieure, notamment des Kurdes, sujet autrement sensible.

 

Les demandes d'asile sont traitées par le HCR, d'une manière assez lente, la perspective étant la réinstallation de ceux qui se voient reconnaitre comme réfugiés dans un autre pays – Australie, Canada, États-unis. Ces pays établissent des quotas et des critères qui entrainent que la réinstallation peut intervenir après quelques mois pour certains ou après des années pour d'autres. Dans l'attente, les réfugiés sont assignés à résidence dans des villes périphériques où ils n'ont que peu de possibilités d'intégration.

 

Pour eux aussi la perspective est le départ.

 

Istanbul-vue-3.jpg

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Published by exilesengrece